#TTIP ou quand la démocratie va très mal

Je ne peux pas m'empêcher de revenir sur les événements de cette journée du 15 mai.

Partie tôt de la maison pour rejoindre l'appel de la coalition D19-20, visant une mobilisation contre les négociations opaques du Traité transatlantique, ou traité de libre échange entre l'Union européenne et les États-Unis visant un grand marché américano-européen, je m'attendais à poursuivre ma journée normalement et à la clôturer par un débat. Bref, une journée classique de campagne.

Remontant de la gare centrale, je me rends vite compte qu'un important dispositif de sécurité bloque toute la rue de la Régence vers la place Poelaert... et qu'il n'est pas question de rejoindre mes amis ecolos au lieu de rendez-vous fixé devant le Palais d'Egmont, où se tient l'European Business Summit. Le périmètre est bouclé.

Je poursuis donc mon chemin direction Place Poelaert. Pour y arriver je dois franchir une 1ère rangée de policiers casqués. L'un d'entre eux m'interpelle et me recommande de "faire le tour" car "il pourrait y avoir du grabuge".

Je déclare que j'en doute car la manifestation est pacifiste et que mon objectif est de m'y rendre. Ma réponse ne donne lieu à aucune réplique de la part de mon interlocuteur.


Je rejoins donc syndicalistes, agriculteurs, militants associatifs et politiques (ecolo et PTB), jeunesse politique (ecoloj) qui discutent dans une ambiance musicale, drapeaux levés, distribuant des tracts pour d'autres rendez-vous importants à venir. Bref, rien de plus banal pour un rassemblement de ce type.

Un citoyen engagé a apporté un "petit-déjeuner sans OGM" à partager, son initiative fait fureur!
Un agriculteur a amené quelques mignons poussins... blurp, désinfectés à l'eau de javel indique une petite pancarte!

Depuis la place Poelaert, où rien ne se passe, une partie des manifestants décide de se mettre en mouvement, direction Blvrd de Waterloo. A ce moment là, il faut reconnaitre que la direction de la manifestation est peu claire. Mais in fine, tout ce beau monde se rejoint devant les vitrines chics du Boulevard. Ayant du m'absenter pour une courte interview télé - fixée sur place parce que c'était le seul moment qui arrangeait vraiment le journaliste et moi, et parce que c'était l'occasion de mentionner le ttip, enjeu important que la prochaine législature - je rejoins mes amis et découvre qu'ils ont été aspergés par l'auto-pompe qui les attendait au coin de la rue. Des cars sont stationnés un peu plus loin, mais à ce moment là je ne me rends pas encore compte qu'ils sont pleins! Une certaine agitation règne, mais rien d'agressif et l'heure n'est pas à la confrontation. Pourtant, quelques minutes plus tard, les choses s'emballent.

En deux temps trois mouvements, une partie des personnes qui me précède est rapidement encerclée par une armada de policiers remontés. Et se passe alors ce que je ne peux que qualifier de rafle, les manifestants sont repoussés les uns contre les autres et encerclés jusqu'à se retrouver coincés entre la rangée de policiers et les façades. Un syndicaliste prit à moitié dans le mouvement tente d'en sortir sans heurt mais se fait violemment attraper par deux policiers qui l'envoient dans le groupe des encerclés. S'ensuivent alors des sommations de quitter les lieux, adressées aux quelques personnes atterrées qui, comme moi, ont vu la scène mais ne se sont tout juste pas fait embarquer... quitter les lieux, sans quoi "il vous arrivera la même chose". Certains ont eu le réflexe de photographier ou de filmer la scène, moi je n'avais plus de batterie (c'est toujours comme ça dans ces cas là...). Je mets quelques secondes à réaliser ce qu'il se passe. La police disperse les manifestants en arrêtant une bonne partie d'entre eux, sans que ces derniers n'aient fait quoi que ce soit d'autre... que d'être là.

Verdict, des militants, des candidats et des députés écolo sont dans "le groupe des encerclés"... ils seront arrêtés, ligotés, et recevront une amende administrative. Le tout dans une ambiance assez calme de la part des manifestants par rapport à l'ampleur de la mobilisation et de la méthode policière. Mes amis sont mis part terre, en chenille et n'ont plus qu'à attendre qu'on vienne les cueillir et les emmener au poste. Là dedans, des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes. Je suis paf. Je regarde l'heure et étais censée retourner bosser. Mais impossible de quitter les lieux sans savoir ce qui arriverait à ces manifestants arrêtés, pas question de quitter les lieux sans affirmer ma solidarité avec eux, surtout face à une telle méthode.

Je vous avoue que je n'ai pas compris. Je ne sais pas si je comprendrai un jour d'ailleurs, ce qui a pris aux forces de l'ordre, sous les ordres du chef de police, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles. Une agressivité inutile. Un sentiment d'impuissance qui donne la chair de poule et fait trembler les plus durs d'entre nous.
Quelques coups de fils, appels, tweets, post facebook plus tard, nous sommes rejoins par Emily Hoyos qui, alertée par plusieurs d'entre nous, arrive atterrée et exige la libération immédiate des députés arrêtés, ils bénéficient en effet de l’immunité parlementaire. Mais aussi des autres manifestants venus manifester pacifiquement. Nos députés Alain Maron et Ahmed Mouhssin finissent par être libérés. Anne Herscovici qui avait déjà été emmenée aux casernes d'Etterbeek le sera quelques minutes plus tard. Mais les autres manifestants, eux, sont toujours assis sur le sol glacé. Mes pieds sont gelés, ils doivent l'être jusqu'aux os.

Les événements sont parvenus aux oreilles des journalistes... Finalement, les médias parleront quand même du TTIP.
Au-delà de ces arrestations et des justifications données par Yvan Mayeur, retiendra-t-on de l'événement que ce Traité signifie que l'Union européenne n'aura plus le choix de ses normes sociales et environnementales, des services publics qu'elle entend soutenir, de la culture qu'elle entend promouvoir?

Si c'est le message qui est passé, c'est déjà ça. Malheureusement, je ne le pense pas.

Je voudrais en plus que d'autres messages passent.

1/ Sur le droit de manifester, notre Etat de droit, la démocratie
- Le dispositif de sécurité mit en place pour ce rassemblement était d'ampleur à attiser l'excitation des plus pacifistes d'entre nous. La présence d'autant de policiers m'a mis mal à l'aise dès le départ alors que je ne suis pas particulièrement attentive à cela en général.
- Les violences policières sont une réalité, mais le politique en est largement responsable. En indiquant aux policiers déployés sur place qu'ils allaient encadrer une manif d'anarchistes, n'était-ce déjà pas là les mettre sur la défensive par rapport à la mission qu'ils auraient à assumer ce 15 mai en matinée? N'aurait-il pas fallu les informer des raisons de notre mobilisation, raisons qui les concernent tout autant que nous, eux et leurs familles? Il n'en demeure pas moins qu'ils auraient du faire leur travail si les choses avaient réellement dégénéré, mais le droit de manifester son opinion ne peut être bafoué de la sorte. Où est la voix des citoyens et où peut-elle encore être exprimée si ce n'est dans la rue - et au moment du vote?

2/ Sur le TTIP et les négociations
- N'est-il pas totalement absurde que les citoyens qui sont venus s'exprimer dans la rue pour réclamer le maintien de leurs normes sociales et environnementales, des services publics, des prérogatives des États face aux multinationales, de la démocratie, se soient fait violemment disperser et arrêter?
D'autant plus absurde (le mot n'est pas assez fort pour exprimer ce que je ressens) que dans un même temps, les décideurs européens dont Karel De Gucht, négociateur du Traité, recevaient à quelques mètres de là, dans les enceintes du Palais d'Egmont, les business leaders européens, autour du thème "The Business Agenda 2014 – 2019: Rebuilding a Competitive Europe“. Preuve s'il en faut, de tout le poids qu'exercent les lobby industriels sur le processus décisionnel européen!
Peut-on encore espérer que les décideurs européens entendent les voix de la rue et reçoivent les citoyens européens autour d'un thème qui pourrait être "The European Agenda 2014 : Rebuilding a social and democratic Europe"? La compétitivité, la course au profit, le pouvoir absolu des multinationales ont mené à la crise que l'on traverse depuis 2008. On ne peut pas indéfiniment reproduire les mêmes modèles, les mêmes politiques, les mêmes erreurs!
- Où étaient tous les partis qui aujourd'hui, en Belgique, se déclarent contre ce Traité? Ces partis dont les leaders européens incontestés, Schulz, Verhofstadt ou Juncker, potentiels futurs présidents de la Commission européenne, se déclarent pour le TTIP. Est-ce la manière du PS de montrer une fois de plus toute l'incohérence que sa posture : une opposition au TTIP de la tête de liste aux européennes, mais le sabotage anticipé d'une manif contre le TTIP sur Bruxelles Ville, sur ordre d'un bourgmestre socialiste qui avait toutes les cartes en main pour faire de cette matinée une réussite?



Alors parlez-en autour de vous, indignez-vous, mobilisez-vous, surtout le 25 mai, pour que votre voix porte et que nous soyons, ensemble, le changement que nous voulons voir dans le monde.

https://www.facebook.com/stopttiptafta
https://secure.avaaz.org/fr/petition/Refusons_le_traite_transatlantique_UEUSA/?dfcRobb

Non nous ne sommes pas impuissants, nous sommes des milliers en Belgique, des millions en Europe à dire que l'austérité a assez duré, qu'un autre modèle doit émerger, basé sur le respect des femmes, des hommes, des jeunes, des travailleurs. Et sur le respect des ressources de notre planète.

Un monde prospère est un monde égalitaire!

L'Eco-féminisme

- Introduction L’écologie féministe, éco-féminisme ou encore, « féminisme environnementaliste », est une approche féministe de l’éthique environnementale, apparue entre les années 1970 et 1980 et est considérée comme faisant partie de la « seconde vague » féministe. Né de l’union entre les pensées féministes radicales et écologiques, l’éco-féminisme doit son appellation à la féministe française Françoise d’Eaubonne. Notons qu’en Amérique du Nord, elle s’est principalement développée à partir des mouvements antinucléaire, anti-guerre, pro-environnementaux et pro-homosexuels (lesbiennes) et, bien sûr, féministes « généralistes » des années 1980. Depuis, maintes publications, conférences et actions basées sur la reconnaissance et l’analyse des connexions existant entre les femmes, la nature et le changement social constituent autant de jalons autorisant l’approche théorique que nous développons ci-après. L’éco-féminisme établit un étroit lien entre la domination de la nature par l’homme et l’exploitation des femmes. Il s’oppose de façon radicale à la mondialisation néo-libérale, considérée comme la cause majeure des problèmes de ce siècle : l’exclusion, les violences, la pauvreté, la pollution, les guerres ouvertes ou larvées. Il est à la fois un mouvement de l’esprit, une philosophie de la vie et une résistance politique. L’éco-féminisme n’est pas un mouvement homogène mais apparaît comme une « résultante » constituée de différentes approches contribuant chacune à alimenter la théorie. Cette hétérogénéité constatée aux sources et au sein-même de l’écologie féministe fait à la fois ses forces et ses faiblesses. (...) Accès à la recherche complète (20 pages) sur demande.